Dre Elise Dubuc de Sensolia
MD, FRCSC
Gynécologue pédiatrique et de l’adolescence,
Chirurgie gynécologique,
Médecine esthétique
2022-09-13

Méthodes de contraception

Le choix d’une méthode contraceptive est une décision complexe et votre décision devrait être prise en évaluant chacune des méthodes, ses risques, effets secondaires, son taux d’efficacité, votre santé en général et vos désirs et préférences.

Votre professionnel de la santé doit faire un questionnaire pour évaluer si vous n’avez pas de contre-indication aux différentes méthodes. Un examen gynécologique n’est pas obligatoire pour avoir une prescription de contraception.

Lorsque je vais décrire l’efficacité des différentes méthodes, je vais parler d’usage parfait et d’usage typique. L’usage parfait est celui qui suppose que la méthode de contraception a été utilisée parfaitement, avec toutes les relations sexuelles alors que l’usage typique est l’usage qu’on voit dans la vraie vie avec les oublis de toutes sortes.

Vous avez besoin de contraception si vous êtes dans un couple où une des deux personnes a des ovaires et un utérus et l’autre un pénis et des testicules, peu importe votre identité de genre.

Les méthodes naturelles (incluant symptothermique et du calendrier)

Ces méthodes se basent sur le fait que la conception provient d’une relation sexuelle ayant lieu de 5 jours avant à un jour après une ovulation. Les méthodes naturelles de contraception permettent d’éviter d’avoir une relation sexuelle dans la période fertile et peuvent être utilisées en combinaison avec l’abstinence ou une méthode barrière dans la période fertile.

Pour la méthode du calendrier, une femme doit connaître son cycle menstruel pour environ 6 à 12 mois avant de débuter la méthode et elle doit avoir des cycles assez réguliers de 26 à 32 jours. Pour déterminer le début de la période fertile, On soustrait 20 jours de la longueur du cycle le plus court. Pour déterminer la fin de la période fertile, on soustrait 10 jours de la longueur du cycle le plus long. Par exemple, si mon cycle le plus court était de 26 jours et mon cycle le plus long 32 jours, ma période fertile serait du jour 6 au jour 22. Pendant cette période je devrais m’abstenir de relations sexuelles ou utiliser une méthode barrière.

La méthode symptothermique identifie les symtômes et les signes d’ovulation. Le mucus cervical :

Le mucus cervical: Lorsque l’ovulation approche, le mucus devient plus abondant, clair et plus élastique de consistance. La fertilité diminue 3 jours après la production de ce mucus plus abondant, élastique et clair. Après l’ovulation, le mucus devient plus épais et opaque et diminue énormément en quantité.

La température basale: La température au réveil est mesurée chaque jour après au moins 6 heures de sommeil. La température est enregistrée sur un graphique. Après l’ovulation, la température augmente de minimum 0,5 degré Celsius. Pour éviter la grossesse, une femme devrait éviter les relations sexuelles non protégées du début du cycle jusqu’après 3 jours consécutifs d’élévation de température. Évidemment les femmes qui ont une élévation de température due à une autre raison que l’ovulation comme une fièvre, qui font de l’insomnie ou qui travaillent sur des quarts de nuit ne peuvent utiliser cette méthode.

Avec un usage parfait, les taux de grossesse à un an sont de 0,4% pour la méthode symptothermique et 4% pour la méthode du calendrier. Avec l’usage typique par contre, c’est plutôt 24% de taux de grossesse après un an.

Tests de prédicteurs d’ovulation

Ces tests sont faits au départ pour aider ceux qui essaient de concevoir. Ils peuvent être utiles pour savoir que l’ovulation est passée (lorsque la lecture de LH revient à la négative) et que la fertilité est maintenant basse jusqu’aux menstruations.

Le retrait (coït interrompu)

Bien que ce ne soit pas une méthode de contraception efficace (le taux de grossesse à un an est de 22% avec l’usage typique), elle est largement utilisée. Dans une étude de 2006, 11,6% des Canadiennes disaient utiliser cette méthode. Le taux d’échec est probablement attribuable aux spermatozoïdes présents dans le liquide prééjaculatoire et au manque de contrôle du partenaire. Les risques d’infections transmissibles sexuellement sont élevés avec cette méthode puis qu’il s’agit de relations non protégées.

Les méthodes barrière

Le condom masculin: Les condoms sont efficaces pour prévenir la grossesse quand ils sont utilisés du début à la fin de chaque relation sexuelle. Le taux d’échec avec l’utilisation parfaite est de 2%, mais malheureusement augmente à 18% avec l’utilisation typique. Les condoms masculins sont une protection pour plusieurs infections transmissibles sexuellement, mais pas toutes. Les infections qui sont transmises avec les contacts peau à peau en région génitale telles que le virus du papillome humain (VPH) ou l’herpès peuvent être transmises même avec le port du condom.

Les condoms les plus efficaces pour à la fois la contraception et la prévention des ITS sont ceux de latex. Attention toutefois à ne pas utiliser de lubrifiants à base d’huile altèrent le latex et le rendent moins efficace. Les personnes allergiques au latex peuvent utiliser des condoms de polyurethane, de polyisoprene ou de silicone qui sont par contre un peu plus à risque de briser ou de glisser. Les condoms à base de membrane d’agneau ne sont pas recommandés pour la prévention des ITS, mais peuvent prévenir la grossesse.

Le condom féminin: Le condom féminin est une enveloppe de polymère qui contient deux anneaux flexibles. L’anneau extérieur est apposé à l’extérieur du vagin et apporte une protection du périnée. L’anneau interne est situé du côté fermé de l’enveloppe et est inséré à l’intérieur du vagin. Du lubrifiant à base de silicone enduit le côté interne de l’enveloppe. Le condom féminin peut être placé dans le vagin jusqu’à 8 heures avant la relation sexuelle et peut être acheté en pharmacie sans prescription. Il s’agit de la seule méthode contraceptive protégeant également contre la plupart des ITS qui est disponible spécifiquement pour les femmes. Le taux d’échec avec usage parfait est de 5% alors qu’avec l’usage typique ça monte à 21%.

Le diaphragme ou la cape cervicale

Le diaphragme et la cape cervicale agissent comme des barrières à l’intérieur du vagin pour empêcher les spermatozoïdes d’avoir accès au col de l’utérus. Ils doivent être utilisés avec un gel de type Contragel qui forme une barrière de cellulose supplémentaire. Ils peuvent être insérés 2h avant la relation sexuelle et le gel doit être réappliqué avant chaque nouvelle relation. Le diaphragme et la cape devraient rester en place au moins 6h après la relation, mais pas plus longtemps que 24h pour le diaphragme et 48h pour la cape. Ces deux méthodes ne protègent pas contre les ITS. Certains diaphragmes et capes ont plusieurs tailles selon l’anatomie et doivent être prescrits par un médecin, mais un diaphragme de taille universelle est disponible sans prescription.

L’efficacité de ces méthodes varie selon les types de diaphragmes ou de capes utilisés. Avec une utilisation parfaite 6% des femmes auront une grossesse non planifiée versus de 12 à 18% avec une utilisation typique.

L’éponge contraceptive et les spermicides

L’éponge contraceptive est faite de mousse de polyuréthane et la seule disponible au Canada s’appelle la Today sponge. Cette éponge contient du spermicide le nonoxynol-9. L’éponge est disponible sans prescription et en une seule taille. Son taux d’échec est de 12 à 24%. Les spermicides sont parmi les méthodes les moins efficaces.

Les méthodes hormonales de contraception

Les méthodes hormonales de contraception changent les niveaux hormonaux du cycle menstruel en utilisant des hormones synthétiques pour mimer l’action de l’oestrogène et de la progestérone produits naturellement dans le corps d’une femme.

Avant de débuter une contraception hormonale, une consultation avec un professionnel de la santé est requise afin de vérifier que vous n’avez pas de contre-indication à ces hormones. Par exemple, les femmes qui ont des migraines avec auras, qui ont déjà eu une thrombo-embolie veineuse (c’est-à-dire un caillot au niveau des jambes, des poumons ou du cerveau) ne peuvent pas prendre de contraception avec oestrogènes.

Les méthodes hormonales combinées

Ces méthodes contiennent à la fois de l’oestrogène et un progestatif et peuvent être pris de façon cyclique c’est-à-dire avec quelques jours à une semaine sans hormone dans le mois où les menstruations seront déclenchées ou de façon continue en ne prenant jamais de pause. Elles fonctionnent en empêchant l’ovulation, en épaississant le mucus cervical rendant difficile le passage des spermatozoïdes et en amincissant l’endomètre le rendant moins propice à l’implantation.

Ces méthodes peuvent être prises en pilules, en patch sur la peau ou avec un anneau vaginal. Elles ont toutes la même efficacité avec un taux d’échec avec une utilisation parfaite de 3% et avec une utilisation typique de 9%.

La pilule contraceptive doit être prise tous les jours idéalement au même moment de la journée.

La patch doit être apposée une fois par semaine sur une peau propre et sèche. On doit changer l’emplacement à chaque semaine et elle peut être apposée n’importe où mais pas sur les seins. On la met 3 semaines de suite puis on prend une pause d’une semaine si on veut la prendre de façon cyclique. 

L’anneau vaginal se met dans le vagin pour 3 semaines et peut être enlevé de quelques jours à une semaine pour le moment des règles. Je recommande souvent à mes patientes qui utilisent l’anneau de le mettre le 1er du mois et de le retirer le 25. C’est comme ça plus facile de s’en souvenir.

Les effets secondaires les plus fréquents lorsqu’on commence ces méthodes sont des saignements irréguliers, des maux de tête, des nausées. La plupart de ces effets secondaires s’en vont après quelques semaines à mois d’utilisation. Les effets secondaires graves sont rares chez les femmes en bonne santé n’ayant pas de contre-indication. Les effets bénéfiques sont une diminution de l’acné et des poils faciaux, la diminution des risques du cancer de l’endomètre, de l’ovaire et du colon et peuvent diminuer certains symptômes de la périménopause. Les méthodes contenant de l’oestrogène ne peuvent pas être utilisées par les femmes de plus de 35 ans qui fument.

Les méthodes avec un progestatif seul, comme la pilule progestative seule

Ces méthodes peuvent être utilisées par les femmes qui ont une contre-indication aux oestrogènes, qui ont 35 ans et qui fument ou les femmes qui allaitent.

Certaines femmes peuvent avoir des effets secondaires hormonaux tels que des changement d’humeur, une augmentation de l’acné et des poils, des maux de tête et de la douleur aux seins.

L’injection (Dépo-Provera)

Le progestatif injectable est administré par un professionnel de la santé chaque 12 semaines (3 mois). Il peut diminuer la quantité des menstruations et parfois même les arrêter ce qui peut être un avantage si elles sont abondantes ou douloureuses. Le taux d’échec est de 2% en utilisation parfaite et de 6% en utilisation typique. Les effets secondaires en plus de ceux évoqués pour les méthodes progestatives sont des règles irrégulières et parfois même du spotting tous les jours surtout au début de l’utilisation et un changement d’appétit et une prise de poids en moyenne de 2kg chez certaines utilisatrices. L’injection peut également diminuer la densité minérale osseuse, mais ceci est réversible à l’arrêt de la méthode. Il faut tout de même s’assurer d’avoir une prise de calcium et de vitamine D adéquate et de faire de l’exercice physique pour favoriser la santé osseuse.

L’implant

L’implant mesure 4 cm de long et 2mm de large et est installé sous anesthésie locale par un professionnel de la santé dans le bras juste sous la peau. Il offre une contraception très efficace avec un taux d’échec de 0,05% pendant 5 ans. Son principal désavantage est les saignements irréguliers et l’inconfort au moment de l’installation et du retrait.

Le dispositif intra-utérin contenant du levonorgestrel

Cette méthode de contraception doit être installée par un professionnel de la santé durant un examen gynécologique et ne nécessite pas d’anesthésie. Cela peut causer des crampes utérines qui peuvent être diminuées par la prise d’un analgésique ou d’un anti-inflammatoire avant la procédure.

C’est une contraception très efficace. Le taux d’échec est de 0,2%. Les effets secondaires sont ceux des contraceptifs progestatifs avec surtout des saignements irréguliers après la pose. Beaucoup de femmes auront moins ou n’auront presque plus de menstruation après quelques mois. Des complications avec l’insertion d’infection, de perforation de l’utérus ou d’expulsion du dispositif sont rares. Ces stérilets sont efficaces de 5 à 7 ans selon la quantité de levonorgestrel contenue.

Le dispositif intra-utérin au cuivre

Le dispositif au cuivre n’entraîne pas les effets secondaires hormonaux de la contraception hormonale et est très efficace avec un taux d’échec de 0,8%. Les complications d’insertion sont rares comme pour le dispositif à libération de levonorgestrel. Les principaux effets secondaires sont des menstruations qui peuvent être plus abondantes et douloureuses. Comme les méthodes hormonales, il ne protège pas contre les ITS.

Le grand avantage des dispositifs intra-utérins est qu’ils sont invisibles, fiables, qu’on peut même oublier qu’ils sont là et ils sont réversibles.

Les méthodes de contraception définitives

Dans les cas où une contraception définitive est recherchée, la vasectomie, une procédure sous anesthésie locale qui consiste à couper les vas déférens qui sont les canaux qui apportent les spermatozoïdes vers le pénis peut être une option intéressante. La vasectomie est très efficace comporte peu de risque et ne demande pas une longue convalescence.

La ligature des trompes soit avec clips soit par salpingectomie (c’est-à-dire lorsque les trompes sont retirées) est également une méthode irréversible. Cela exige de la femme une anesthésie générale et les risques opératoires rares comprennent des saignements, un trauma aux organes adjacents (comme les intestins, la vessie, les vaisseaux sanguins) et une infection des plaies. La ligature est beaucoup moins recommandée de nos jours étant donné que des alternatives moins risquées existent telles que la vasectomie et que souvent les femmes ayant eu une ligature devront éventuellement opter pour un traitement hormonal pour des menstruations irrégulières abondantes ou douloureuses de toute façon.

Les méthodes définitives entraînent parfois un regret. La vie est longue et parfois un changement de partenaire entraîne le désir de fonder une nouvelle famille même lorsque nous étions convaincues que c’était terminé.

Les méthodes de contraception d’urgence

Les méthodes de contraception d’urgence peuvent être utilisées si vous avez eu une relation non protégée, si vous avez oublié de prendre votre contraception habituelle, si le condom a brisé ou a glissé ou si vous avez eu une relation sexuelle non consensuelle.

Les pilules du lendemain: Deux types de pilules du lendemain existent. La première est à base de levonorgestrel, un progestatif. Il s’agit de deux doses prises à 12h d’intervalle et dont l’efficacité est la plus grande lorsque prise dans les 24h de la relation non protégée. Elle peut toutefois être prise jusqu’à 5 jours après avec une moins grande efficacité. La pilule du lendemain à base de levonorgestrel est disponible en pharmacie sans prescription.

L’autre pilule du lendemain est à base d’acétate d’ulipristal et est disponible sous prescription uniquement. Elle est plus efficace sur une plus longue période, jusqu’à 5 jours et est plus efficace que celle avec levonorgestrel pour les personnes dont l’IMC est de plus de 25.

Le dispositif intra-utérin de cuivre: La méthode contraceptive d’urgence la plus efficace est l’installation d’un DIU de cuivre dans les 7 jours suivant la relation non protégée. Cela procure également une méthode de contraception fiable pour la suite.

Peu importe la ou les méthodes contraceptives que vous utiliserez, n’oubliez pas de la ou les mentionner à votre professionnel de la santé.